Une vie façonnée par l'ombre et la lumière
Né à Nienburg, Ernst Thoms n'entama pas son chemin avec un pinceau à la main, mais par le labeur concret d'un apprentissage de peintre entre 1911 et 1914. Cette formation initiale l'ancra dans la réalité physique de son métier avant que les tourments de l'Histoire ne l'en éloignent. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale l'entraîna dans le service militaire, menant à une longue et difficile période de captivité en tant que prisonnier de guerre en Angleterre. Pendant cinq ans, son univers fut confiné par les limites d'un camp d'internement ; pourtant, c'est à son retour au pays, en 1919, que son véritable développement artistique commença à prendre racine.
En 1920, il chercha une instruction formelle à l'École des Arts et Métiers de Hanovre, étudiant sous la direction de Fritz Burger-Mühlfeld. Cette période d'apprentissage lui ouvrit les portes de nouveaux cercles de pensée créative, bien que l'essentiel de son talent soit demeuré le fruit de sa propre persévérance et d'un travail autodidacte. Pour subvenir à ses besoins durant les épreuves économiques du début des années 1920, il travailla comme peintre en bâtiment et réalisa même des publicités. Entre 1924 et 1925, il trouva un emploi de décorateur de scène à l'Opéra de Hanovre, un rôle qui approfondit sans doute sa compréhension de l'espace et de la composition.
La force tranquille de la Nouvelle Objectivité
Alors que nombre de ses contemporains à Hanovre embrassaient des formes plus radicales ou expérimentales, Thoms trouva sa voix au sein du mouvement de la Nouvelle Objectivité. Son approche se caractérisait par une clarté sans sentimentalisme, pourtant son œuvre possédait souvent une certaine qualité lyrique qui suggérait quelque chose de plus mystérieux. Il possédait un talent particulier pour présenter des sujets prosaïques et quotidiens de manière non dramatique, utilisant de subtiles ouvertures sur des espaces entrevus pour suggérer des profondeurs cachées. Dans sa peinture de 1926, Attic, ce sentiment de mystère est palpable.
Sa reconnaissance grandit au fil d'expositions régulières et délibérées. Il fut une figure singulière parmi les artistes de la Nouvelle Objectivité de Hanovre, étant le seul à recevoir le soutien de la Kestner-Society, qui lui accorda une exposition personnelle en 1926. Son rayonnement s'étendit jusqu'à Berlin, où il tint une exposition solo à la Galerie Neumann-Nierendorf en 1928. Son dévouement à son art lui valut divers honneurs, notamment une mention honorable du ministère prussien de la Culture en 1930 pour son Portrait de sa mère.
Perte et persévérance
Les dernières années de la vie de Thoms furent marquées par de profonds bouleversements. La montée du national-socialisme apporta des épreuves, les autorités ayant confisqué en 1937 des œuvres de lui qui étaient exposées dans les musées allemands. Il fut rappelé au service militaire entre 1939 et 1940. Le plus dévastateur fut peut-être le bombardement allié en 1943, qui détruisit sa maison et son atelier. Cette tragédie entraîna la perte de nombreuses peintures personnelles, effaçant une grande partie de son histoire intime par les flammes.
Malgré ces pertes, Thoms n'abandonna pas sa pratique. Il retourna à Hanovre en 1950 et continua à peindre, même lorsque sa vue commença à décliner après 1968. Sa résilience fut reconnue par l'État lorsqu'il reçut la Grande Croix du Mérite de l'Ordre du Mérite de Basse-Saxe en 1964. Il passa ses dernières années à Wietzen, laissant derrière lui une œuvre qui resta fidèle à l'esprit observateur et constant de ses premières années.