Les années munichoises et les premières ombres
Eidsvoll, 1851. La vie de Gyda Gram s'éveille au sein du foyer du docteur de district Jacob Christian Dahm. Dès le début des années 1870, son horizon s'élargit, quittant la quiétude d'une éducation norvégienne pour rejoindre la rigueur des ateliers de la Knud Bergsliens malerskole. C'est en ces lieux qu'elle tisse un lien indéfectible avec Harriet Backer. Ensemble, les deux femmes s'envolent vers Munich, partageant un appartement et un atelier dans cette cité qui allait marquer leurs années de formation.
La quête d'un maître s'avère ardue. Elles peinent à trouver un mentor jusqu'à ce que Lambert Linder les accueille comme élèves entre 1874 et 1875. Durant cette période, la touche commence à s'affirmer. Une nature morte de chasse, achevée en 1875 aux côtés de Backer, révèle une maîtrise précoce des compositions triangulaires complexes. Ces premières études portent l'héritage de l'Âge d'or néerlandais, notamment dans la manière dont la lumière dialogue avec la forme.
Mariage et intervalle de quiétude
Un mariage à Kongsberg, le 17 juin 1876, vient bouleverser la trajectoire de sa vie d'artiste. Son union avec le négociant en bois et consul Carl Gram installe une période de domesticité à Drammen. Pendant des années, sa production se fait plus mesurée, tournée vers l'intime. Elle peint des portraits de famille, capturant les visages de son cercle le plus proche. L'échelle de son œuvre demeure empreinte d'une grande intimité.
La vie à Drammen devient un véritable carrefour social. Elle y organise un « dîner général munichois », un événement qui attire des artistes tels qu'Eilif Peterssen à sa table. Pourtant, l'élan professionnel ralentit. Son mariage et sa vie d'épouse limitent alors l'expansion de son apprentissage ainsi que la fréquence de ses expositions.
La lumière parisienne et les œuvres ultimes
L'année 1897 marque une rupture profonde. Avec le décès de son époux, les contraintes de la décennie précédente commencent à se dissiper. La veuve voyage à Paris au cours des années 1890. Cette immersion dans l'influence française agit comme un véritable catalyseur : sa palette s'éclaircit, sa touche se libère. Elle s'affranchit des carcans du portrait de famille pour explorer le domaine des paysages et de portraits plus élégants et sophistiqués.
Ses dernières années sont marquées à la fois par l'accomplissement et le déclin physique. En 1903, elle tient sa première exposition personnelle à la Drammens Kunstforening. Elle s'implique également dans la vie locale en tant que membre fondatrice et administratrice de l'Association artisanale de Drammen et d'Opland, allant jusqu'à concevoir des motifs pour l'organisation. Mais la vision qui savait si bien capturer la lumière commence à faiblir. Une déficience visuelle met un terme à sa pratique active de la peinture. Elle s'éteint à Drammen en 1906.