L'Architecture de la Surface
Né en 1957, Henri Jacobs a passé quatre décennies à naviguer dans la tension entre la planéité de la toile et la profondeur de la perception humaine. Depuis son installation à Bruxelles en 1993, sa pratique s'est étendue bien au-delà des frontières traditionnelles de la peinture. Il ne traite pas le médium comme une fenêtre par laquelle on regarde, mais comme un objet physique à interroger. Son œuvre explore souvent le concept du recto-verso, où l'envers d'une toile est aussi vital que son envers, créant un dialogue entre ce qui est visible et ce qui est caché.
Ses premières années ont été marquées par une préoccupation pour les espaces intérieurs complexes, semblables à des dédales. Ces compositions étaient souvent encombrées de mots et de figures, créant une sensation de labyrinthes psychologiques denses. Au fil de sa carrière, cette densité a cédé la place à une austérité plus structurelle. Il a commencé à privilégier la grille, l'utilisant pour organiser l'espace et contraster avec les éléments plus fluides et imprévisibles de ses compositions.
Matérialité et Forme
L'approche technique de Jacobs se caractérise par une expérimentation incessante de la matière. Il ne se limite pas à un seul médium, recherchant plutôt des surfaces qui permettent une manipulation physique. Ses investigations sur la bidimensionnalité l'ont conduit à travailler avec une gamme diversifiée de matériaux et de techniques :
- Peintures tressées où le papier est entrelacé pour fusionner les formes figuratives et géométriques.
- Céramiques et tentures murales qui accentuent la texture et l'intégrité structurelle.
- Mosaïques exécutées en briques et en pavés pour des espaces publics de grande envergure.
- Encre et aquarelle utilisées dans sa série continue de dessins.
Cette curiosité matérielle est peut-être plus évidente dans son projet Surface Research. À travers cette investigation, il a exploré la manière dont la couleur peut transparaître à travers les perforations d'une toile, transformant l'acte de blesser le matériau en un véritable processus de création. Dans des œuvres comme La redemption (1991–95), la toile est à la fois percée et réparée, suggérant un cycle de blessure et de guérison à travers le tissu même de l'art.
Le Journal de la Forme
Depuis 2003, Jacobs entretient une pratique disciplinée et continue sous le nom de Journal Drawings. Ces œuvres représentent un processus constant de réinvention, oscillant entre des motifs calligraphiques abstraits et des formes architecturales stylisées. Elles sont souvent d'une grande précision tout en conservant un certain sens du jeu, faisant fréquemment référence aux langages formels de l' histoire de l'art.
Sa capacité à équilibrer l'illusion de l'espace avec la réalité de la surface matérielle demeure un thème central. Que ce soit par l'utilisation de miroirs qui reflètent l'environnement du spectateur ou par des inserts de verre qui révèlent le mur derrière une peinture, Jacobs impose une confrontation avec la réalité physique de l'objet. Il demeure un artiste préoccupé par les contradictions du plan, cherchant à comprendre comment une surface plane peut contenir à la fois le vide et la présence.