L'Architecte de la Forme
L'atelier de l'École des beaux-arts de Montréal devient le creuset d'un tournant décisif. À la fin des années 1950, Ivanhoë Fortier commence par la toile, attiré par la fluidité de la peinture, mais le poids de la matière physique finit par l'entraîner vers la tridimensionnalité. Dès 1960, il obtient un diplôme en sculpture, troquant le pinceau pour les réalités lourdes et tactiles du métal, de la pierre, du plâtre et du bois. Son œuvre s'éloigne du pur représentationnel pour s'orienter vers un langage architectonique où l'objet revendique son propre espace au sein de l'environnement.
Il ne se contente pas d'occuper l'espace ; il l'interroge. Ses sculptures possèdent une qualité monumentale qui met le spectateur au défi de considérer la frontière entre l'objet et la structure qui l'entoure. Cette préoccupation pour la relation entre la forme et l'architecture atteint son apogée dans les années 1970, lorsque sa vision s'étend au domaine du fonctionnel. Il propose alors des sculptures habitables — des structures conçues pour fonctionner simultanément comme une demeure et un atelier, brouillant ainsi la limite entre l'art et l'espace de vie.
Matière et Espace
La pratique de Fortier se définit par une investigation rigoureuse sur la manière dont les matériaux dictent les limites d'une forme. Il explore une grande variété de médiums pour atteindre un sentiment de présence spécifique :
- Le métal et la pierre pour la permanence structurelle.
- Le plâtre et le bois pour explorer les transitions organiques et géométriques.
- L'intégration de la sculpture dans l'environnement bâti.
Cette polyvalence technique lui a permis de passer de l'échelle intime d'une pièce d'atelier à des œuvres qui dominent le paysage. Sa présence dans le monde universitaire est tout aussi significative, puisqu'il passe du statut d'étudiant à celui de professeur titulaire à l'Université du Québec à Montréal, façonnant la prochaine génération de praticiens grâce à sa compréhension profonde de la dynamique spatiale.
Héritage de Pierre et d'Acier
La reconnaissance de sa contribution à la sculpture québécoise est marquée par des moments clés du milieu du XXe siècle. En 1962, il décroche la deuxième place en sculpture au Concours artistique de la province de Québec, une validation de son langage sculptural émergent. Son travail intègre les collections permanentes de grandes institutions, notamment le Musée d'art contemporain de Montréal et le Musée du Québec. Ces expositions, particulièrement ses expositions monographiques de 1971 et 1979, cimentent sa position de figure centrale dans l'évolution de la sculpture canadienne, poussant le médium vers un dialogue complexe avec l'architecture du monde moderne.