Jeunesse, famille et formation
Joshua Smith vit le 12 mars 1905 à Annandale, dans la ville de Sydney. Troisième d'une fratrie de cinq enfants, il est le fils de James Alexander Smith, un peintre en carrosserie, et de Louisa, née Thorpe. Son éducation est profondément marquée par le paysage industriel d'Alexandria, où la famille s'est installée à proximité des ateliers de tramways de Randwick. Après avoir quitté l'école publique d'Alexandria à l'âge de quatorze ans, Smith intègre le monde du travail avant de trouver sa voie vers une instruction artistique formelle.
Son développement technique se caractérise par une rigueur et une structure exemplaires. Il entame sa formation officielle à l'East Sydney Technical College, où il se spécialise dans le modelage sculptural sous la direction de Rayner Hoff. Ce socle de maîtrise de la forme est enrichi par des études de dessin et de peinture auprès d'Edward M. Smith et de Henry Gibbons à la Sydney Art School. Il affine par la suite sa technique du dessin sous l'égide d'Adelaide Perry. Cet enchaînement d'enseignements lui a conféré cet ancrage traditionaliste qui allait définir son œuvre pendant des décennies.
Œuvres clés et accomplissements majeurs
La carrière de Smith est jalonnée par une tension constante entre une exécution traditionaliste et les mutations politiques de la scène artistique australienne. Sa maîtrise technique s'est manifestée très tôt, lui assurant une place de finaliste au prix Archibald en 1937 avec J.W.A Smith, un portrait de son père. Cette reconnaissance précoce l'établit comme un praticien sérieux de la peinture à l'huile, capable de composer des figures complexes. Sa capacité à saisir l'essence du caractère s'est illustrée davantage en 1942, lorsque Portrait group, un double portrait de ses parents, fut sélectionné comme finaliste pour le prix Archibald. Cette œuvre fut saluée pour sa tension presque photographique, capturant les sujets dans leurs plus beaux atours du dimanche.
L'apogée de sa reconnaissance professionnelle survient en 1944, l'année où il remporte le prix Archibald. Cette victoire est acquise grâce à son portrait de l'honorable Sol Rosevear, député, président de la Chambre des représentants d'Australie. Si ce triomphe constitue son plus haut accomplissement officiel, il s'inscrit dans un contexte de débats intenses sur la nature même du portrait à cette époque. Au-delà de ses portraits formels, Smith a continué à produire des œuvres fidèles à son style établi, à l'instar de sa Flower piece en 1954.
- J.W.A Smith (1937)
- Portrait group (1942)
- Portrait of Hon Sol Rosevear, MP (1944)
- Flower piece (1954)
Le portrait de Dobell et la controverse
La trajectoire de la carrière de Joshua Smith fut fondamentalement bouleversée par une image unique : Mr Joshua Smith. Peint par William Dobell et lauréat du prix Archibald en 1943, ce portrait est devenu le catalyseur d'une amère bataille juridique. L'œuvre fut largement décriée par des critiques s'interrogeant sur la légitimité de la représentation : s'agissait-il d'un portrait fidèle ou d'une caricature ? Cette controverse ne se limita pas à une simple affaire judiciaire ; elle projeta une ombre durable sur l'identité professionnelle de Smith lui-même. Si le débat qui en découla marqua un tournant dans l'histoire de l'art australien, pour le sujet, les répercussions furent profondément personnelles.
La célébrité du portrait finit par éclipser l'œuvre de l'artiste. Au lieu d'être reconnu pour son propre talent technique, il devint l'élément permanent d'un scandale public. Smith lui-même ne percevait pas ce tableau comme un hommage, mais comme un fardeau. Il décrivait ce portrait comme « une malédiction, un fantôme qui me hante », soulignant qu'il l'avait tourmenté chaque jour de sa vie. Même lorsqu'il connut son propre succès, comme sa victoire au prix Archibald en 1944, le spectre du double de Dobell demeurait une présence constante et inéluctable.