Jeunesse, Famille et Formation
Per Eberhard Cogell vit le jour en 1734 à Stockholm, en Suède. Issu d'une famille de condition sociale établie, il était le fils d'August Kristian Cogell, apothicaire, et de Birgitta Eleonora Ziervogel. Ses premières années à Stockholm constituèrent le socle d'une carrière dont le centre de gravité allait, par la suite, basculer vers la France. Son développement technique s'est amorcé sous l'enseignement direct de Jacques-Philippe Bouchardon et de Pierre Hubert L'Archevêque au sein de l'Académie Royale. Ces premiers mentors lui inculquèrent la discipline formelle indispensable à l'art du portrait qui allait, plus tard, forger sa réputation.
Sa formation ne se limita pas aux frontières de sa terre natale. L'ascension de Cogell en tant que peintre fut jalonnée par une série de déplacements stratégiques à travers l'Europe du Nord, s'enfonçant progressivement vers le cœur du néoclassicisme français. Il devint l'élève de Gustaf Lundberg, une influence majeure sur la maîtrise de son trait. Entre 1763 et 1764, il rejoignit l'Académie de Copenhague pour poursuivre ses études. Cette période de nomadisme s'avéra essentielle pour l'artiste cherchant à dompter les nuances de la lumière et de la forme avant de s'engager dans la rigueur professionnelle de l'école française.
La phase la plus décisive de son éducation se déroula à Paris. De 1764 à 1766, Cogell étudia sous la direction de Joseph Marie Vien. Cette lignée prestigieuse le lia aux standards esthétiques dominants de l'époque. En se formant auprès de Vien, Cogell dépassa la simple maîtrise technique pour pénétrer dans le territoire stylistique sophistiqué qui allait caractériser son œuvre ultérieure. Ce parcours académique rigoureux, de Stockholm à Copenhague et enfin à Paris, lui conféra la polyvalence nécessaire pour naviguer sur le marché de l'art européen en tant que portraitiste professionnel et peintre de paysages.
Vie et activité en France
La présence de Per Eberhard Cogell en France fut marquée par un engagement de longue durée envers la ville de Lyon. Après une brève parenthèse en Suisse entre 1766 et 1768, il s'établit à Lyon en 1769, où il restera jusqu'à son décès en 1812. Sa carrière au sein de la cité fut empreinte d'une stabilité professionnelle et d'une influence institutionnelle notable. En tant que peintre de cour, il occupa une position prestigieuse de professeur à l'école de dessin et de peinture de la ville. Ce rôle ne constituait pas une simple activité secondaire ; il représentait le cœur même de son identité professionnelle dans la région.
Son dévouement à l'enseignement demeura imperturbable, même lors des périodes de profonds bouleversements sociaux. Alors que la Révolution ravageait Lyon, Cogell continuait de transmettre son savoir par l'instruction du dessin, préservant ainsi sa présence au sein de la communauté artistique locale. Cette persévérance permit à son influence technique de perdurer malgré le chaos environnant. Sa vie en France ne fut pas tant une quête de gloire éphémère qu'une volonté d'ancrer durablement son empreinte dans la tradition académique et pédagogique française.
Technique, Style et Production Artistique
L'héritage artistique de Per Eberhard Cogell se définit par une profonde affinité pour la sensibilité esthétique de Joseph Marie Vien. Sa production principale s'est concentrée sur le portrait, capturant cette atmosphère si particulière associée au style de Vien. Cette prédilection pour une sensibilité française affirmée révèle un artiste profondément ancré dans les goûts dominants du milieu et de la fin du XVIIIe siècle. Si sa réputation repose largement sur ces portraits, il s'est également illustré comme peintre de paysages, témoignant d'une polyvalence qui transcendait la simple représentation de la figure humaine.
Pourtant, le témoignage historique de son œuvre demeure d'une incomplétude frustrante. Une grande partie de sa production s'est largement perdue, ne laissant que les fragments d'un corpus autrefois bien plus vaste. Nous connaissons l'existence de sujets illustres qui n'existent plus sous leur forme originale, tels qu'un portrait de Jean-Jacques Rousseau ou un effigie de Marie-Antoinette. Même son propre autoportrait, présenté à l'Académie suédoise en 1803, figure parmi les œuvres disparues du regard du public. Cette perte fait des exemples survivants de sa technique des témoins d'une importance capitale pour saisir la véritable empreinte de sa main.
- Portrait of a Gentleman, vers 1750
Où voir ses œuvres aujourd'hui
Retracer la production subsistante de Per Eberhard Cogell impose de porter son regard vers les institutions qui ont su préserver son empreinte en France et en Suède. Si une grande partie de sa peinture demeure tragiquement perdue, le Musée des Beaux-Arts de Lyon et l'Académie de Lyon conservent tous deux des témoins précieux de son talent. Son influence dans la région est également attestée par le Musée des sciences, belles-lettres et arts de Lyon, le Musée de Grenoble, ainsi que le Musée Baron-Martin. Ces collections constituent les preuves matérielles essentielles de l'ancrage de sa carrière à Lyon.
À Paris, le Musée des Arts décoratifs abrite ses œuvres, offrant ainsi un aperçu fascinant des préférences stylistiques de l'époque. Pour ceux qui souhaitent découvrir ses études les plus intimes, le Nationalmuseum de Stockholm détient trois dessins à la plume de l'artiste. Sa présence en Suède est également marquée au Musée d'art de Göteborg, qui possède un portrait de Cogell. Ces vestiges éparpillés représentent l'unique moyen tangible d'apprécier l'ampleur réelle de son œuvre professionnelle.