La présence discrète de Lucques
Dans les ruelles étroites de Lucques, le nom de Vincenzo Frediani était intimement lié au rythme régulier d'un atelier en pleine activité. Issu d'une famille modeste, sa vie s'est tissée dans la trame même de la cité entre 1481 et 1505. Loin de travailler dans l'isolement, il s'appuyait sur l'aide de son frère pour gérer l'atelier, affrontant ensemble les exigences des commandes locales. Dès 1498, ses mains étaient déjà sollicitées par les besoins de l'église Santa Maria Corteorlandini, et plus tard, il occupa la fonction de Prior pour la Compagnia dei Disciplinati del Crocifisso. Sa vie fut marquée par ces responsabilités, une série de rôles concrets qui l'ancrèrent profondément au sein de sa communauté.
Sa touche picturale révèle un homme observant attentivement le monde qui l'entoure. Il a puisé son inspiration dans les enseignements de Domenico Ghirlandaio et de Filippino Lippi, des maîtres qui avaient apporté leurs propres visions à Lucques durant les années 1490. L'influence de Lippi transparaît dans la manière dont Vincenzo Frediani organisait ses compositions, instaurant un sentiment d'ordre sur les panneaux de bois qu'il peignait. Il tournait également son regard vers le Nord, intégrant de subtils éléments de l'art flamand pour apporter une texture singulière à ses scènes. Il fut le premier peintre de sa région à embrasser pleinement le langage de la Renaissance, s'éloignant des traditions anciennes pour trouver une nouvelle manière de dépeindre le sacré.
La main et le panneau
L'œuvre de Frediani se concentrait souvent sur le divin, tout en restant ancrée dans la réalité physique des matériaux qu'il employait. Il travaillait principalement à la tempera sur panneau, un médium exigeant une patience infinie et une main sûre. Une grande partie de ce que nous savons de sa production provient de l'identification de son nom à travers des contrats spécifiques. Pendant longtemps, nombre de ses peintures furent attribuées à une figure connue sous le nom de Maître de l'Immaculée Conception de Lucques. Ce n'est que grâce à la découverte d'un contrat pour une œuvre monumentale représentant l'Immaculée Conception avec les saints et les rois David et Salomon, destinée à l'église San Francesco, que sa véritable identité fut confirmée.
Il émane une certaine solennité de ses sujets, à l'instar de la Vierge à l'Enfant placée entre Saint Pierre et Saint Paul. Il ne s'agissait pas de simples décorations, mais de pièces centrales de la vie religieuse, souvent commandées pour des retables. Son atelier était un lieu d'activité constante, et les prix élevés payés pour ses œuvres suggèrent que les habitants de Lucques reconnaissaient toute la maîtrise de sa main. Même alors que sa vie touchait à sa fin, sa présence se faisait sentir à travers les tâches inachevées qu'il laissa derrière lui. En 1505, il fut engagé pour peindre un retable pour l'église San Gennaro, une tâche qui fut finalement achevée par Ranieri di Leonardo da Pisa, sans doute parce que Vincenzo Frediani n'était plus là pour tenir le pinceau.