Une vie entre lignes et lumière
Le chemin de Henry Thue a débuté loin du chevalet, avec une formation initiale d'ingénieur à la Kristiania tekniske skole. Ce n'est qu'en 1914 qu'il s'est tourné vers l'étude de l'art, parcourant les académies de Weimar et de Copenhague avant de trouver sa voie à la Statens Kunstakademi de Christiania sous la direction de Chr. Krohg. Ses mains, autrefois habituées à la précision du dessin technique, ont appris les exigences plus douces de la peinture à l'huile, de l'eau-forte et de la lithographie.
Ses déplacements ont suivi une trajectoire paisible à travers l'Europe. Il a séjourné en Allemagne et au Danemark avant de s'installer à Paris à partir de 1919. Ces voyages ont apporté des textures variées à son œuvre, tout en maintenant une focalisation sur les formes naturalistes. Son usage de la couleur est resté prudent, ne cherchant jamais à éblouir l'œil, mais plutôt à s'ancrer avec justesse dans le sujet traité.
Les sujets de l'atelier
L'œuvre laissée par Thue capture l'immobilité d'instants précis. Il a observé avec attention les paysages, les portraits et les natures mortes, travaillant souvent avec une palette restreinte. Dans ses œuvres graphiques, telles que ses eaux-fortes et ses gravures, on perçoit une attention manifeste au poids de la ligne. Son autoportrait, peint avant 1917, révèle un homme observant son propre reflet avec ce même regard constant qu'il appliquait au monde qui l'entourait.
Certaines de ses pièces portent les marques de son passage en France, à l'instar de sa peinture à l'huile de 1920 intitulée I tankar, qui porte la mention de Paris. Sa production graphique comprenait également des contributions à des collections telles que l'Årsmappe Norsk Forening for Grafisk Kunst, présentant des œuvres comme Mannshode. Les sujets qu'il choisissait — un cheval dans les bois ou une silhouette silencieuse — étaient rendus avec un accent mis sur la forme plutôt que sur le spectaculaire.
Un héritage dans les collections norvégiennes
Bien que sa vie s'achève à Nice en 1921, sa présence perdure au sein de plusieurs institutions norvégiennes de renom. Ses œuvres graphiques se trouvent au Nasjonalgalleriet d'Oslo, tandis que ses peintures sont conservées par l'Oslo Bymuseum et le Bergen Billedgalleri. Ces pièces représentent une période de transition dans l'art norvégien, où la discipline technique de sa formation initiale a rencontré les traditions naturalistes de ses mentors.
Sa vie professionnelle fut marquée par son appartenance à des groupes tels que la Foreningen Norske Grafikere et sa participation à des expositions comme la Høstutstillingen entre 1916 et 1919. Même dans les petites eaux-fortes et lithographies détaillées apparues lors de ses dernières années, on retrouve cette même approche méticuleuse de la lumière et de la forme qui a défini sa brève carrière.