Jeunesse, famille et formation
Louise Robert est née à Montréal en 1941. Ses racines s'enracinent dans une lignée de scientifiques plutôt que dans le monde des arts. Ce bagage familial a dicté sa trajectoire professionnelle initiale, puisqu'elle a suivi la voie tracée par son père et son frère en étudiant la pharmacie. Ses premières années furent marquées par cette discipline scientifique, un contraste saisissant avec la liberté expressive qui allait plus tard définir son œuvre.
La transition de la science vers la peinture ne fut pas immédiate. Après avoir terminé ses études, Louise Robert a passé trois ans à travailler au sein de l'entreprise familiale. Cette période de stabilité professionnelle a précédé sa décision d'abandonner le domaine pharmaceutique pour poursuivre une ambition de toute une vie. Elle s'est finalement tournée vers la peinture en tant qu'artiste autodidacte, troquant la précision de la pharmacie pour l'exploration tactile de la toile.
Formation artistique et débuts de carrière
Louise Robert n'a pas suivi le parcours académique traditionnel. Loin des ateliers formels, elle s'est révélée comme une artiste autodidacte, s'orientant vers la peinture après avoir travaillé dans l'entreprise pharmaceutique familiale. Cette absence d'instruction institutionnelle lui a permis de forger une pratique dictée par une nécessité personnelle plutôt que par des doctrines établies. C'est en 1975, à la Galerie Georges Curzi, qu'elle commence à exposer ses œuvres avec sérieux, marquant ainsi son entrée officielle sur la scène artistique montréalaise.
Le début de sa carrière se caractérise par une transition fulgurante de la pharmacie vers la toile. En 1977, son installation à Laval coïncide avec l'affirmation de sa présence au sein de la communauté artistique québécoise. Cette période n'était pas une quête de légitimité par les diplômes, mais plutôt l'établissement d'un ancrage physique et professionnel. Son émergence au milieu des années 1970 s'est distinguée par une authenticité directe, s'affranchissant des exigences éducatives conventionnelles de l'époque.
Technique et style artistique
L'approche de Louise Robert envers la toile était à la fois physique et directe. Rejetant l'usage traditionnel du pinceau, elle préférait appliquer la peinture à l'huile à la main. Cette méthode tactile entraînait une accumulation dense de matière, créant une surface définie par la texture et la profondeur. Elle manipulait ce médium épais par le grattage et le raclage, un processus qui transformait la peinture elle-même en un véritable élément sculptural. Cet engagement physique avec le support lui permettait de dépasser la simple représentation pour atteindre une forme plus viscérale d' expressionnisme.
L'écriture constitue l'élément structurel fondamental de ses compositions. Elle intégrait le texte à ses œuvres en utilisant des pochoirs ou en incisant les mots directement dans la peinture fraîche. Ces ajouts linguistiques n'avaient aucune fonction décorative ; ils agissaient comme une composante essentielle de son langage visuel. Sa méthode reflète les principes de l'écriture automatique surréaliste, où l'acte de création devient une réponse spontanée et immédiate. Les œuvres qui en résultent existent à l'intersection de l'abstraction visuelle et de l'inscription poétique, là où la frontière entre l'image et le mot écrit finit par se dissoudre.
Expositions et présence internationale
L'ascension de Louise Robert sur le circuit des galeries fut fulgurante, passant rapidement des cercles montréalais locaux aux scènes internationales les plus prestigieuses. Après sa première exposition personnelle à Montréal en 1969, son œuvre a bénéficié d'une reconnaissance institutionnelle majeure. Dès 1980, elle exposait au Musée d’art contemporain de Montréal, témoignant ainsi de son importance capitale au sein de la scène de l' art canadien. Cet élan créatif ne s'est pas limité à l'Amérique du Nord ; sa renommée a traversé l'Atlantique pour toucher l'Europe et les États-Unis tout au long des années 1980.
Cette décennie des années 1980 a marqué une phase d'expansion géographique remarquable pour sa pratique artistique. En 1983, elle a porté son univers à la Quebec House Gallery à New York, affirmant ainsi sa pertinence sur le marché américain. Parallèlement, elle a ancré sa présence en Europe grâce à des expositions au Centre culturel canadien à Paris, en 1983 et 1984. Ces apparitions remarquées à Paris et à New York ont confirmé que son approche singulière, mêlant peinture et écriture, résonnait bien au-delà des frontières de sa province natale du Québec.
Le parcours de ses expositions se caractérise par une participation constante, tant lors d'expositions monographiques que dans des cadres collectifs. Au-delà de ses premiers succès institutionnels, elle était une figure régulière des grands salons et foires d'art, notamment au Toronto Art Fair et au FIAC à Paris. Cette activité soutenue a permis à son œuvre de demeurer une composante essentielle du dialogue continu de la peinture contemporaine sur plusieurs décennies.
Œuvres clés et pièces notables
La production de Louise Robert est marquée par une obsession récurrente pour l'année 1978, une date qui sert fréquemment de point d'ancrage à ses titres. Cette répétition numérique suggère une fixation temporelle particulière, une manière d'indexer son évolution créative à travers un point d'origine singulier. Ses toiles de cette période, telles que No. 78-5, datant d'environ 1978, témoignent de la solidification précoce de sa méthode. Ces œuvres ne sont pas de simples compositions ; elles constituent les archives physiques de son processus, où l'acte d'écrire et la texture de la peinture deviennent indissociables.
L'évolution de sa pratique est manifeste dans la progression allant de ses premières expérimentations vers des pièces plus affirmées comme Nº 78-45, datée vers 1981. Dans ces œuvres, la tension entre le mot écrit et la surface grattée et stratifiée devient plus prononcée. Elle ne se contente pas de peindre ; elle bâtit un langage par l'accumulation de matière. L'œuvre No 78-11 illustre davantage cette approche, où le titre fonctionne comme une coordonnée au sein de sa propre chronologie interne. Sa capacité à intégrer le texte — souvent par le grattage ou le pochoir — transforme la toile en un espace de recherche à la fois visuel et linguistique.
Où voir ses œuvres aujourd'hui
La présence de Louise Robert au sein des collections institutionnelles canadiennes témoigne de la pertinence durable de sa démarche artistique. Ses toiles sont conservées par le Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa, offrant un témoignage permanent de son exploration entre texte et peinture. Cette reconnaissance assure que son approche singulière de l'abstraction demeure une partie intégrante du dialogue national. Au Québec, le Musée national des beaux-arts du Québec préserve ses œuvres, l'inscrivant ainsi dans la lignée spécifique du modernisme régional. Sa production est également représentée au Musée d'art contemporain de Montréal, où ses surfaces tactiles et stratifiées peuvent être étudiées dans un contexte contemporain.
Le Musée des beaux-arts de Montréal intègre également son travail à ses collections permanentes. Ces institutions préservent collectivement les traces physiques de sa méthode autodidacte, allant du grattage de la peinture à l'intégration de mots écrits. Pour contempler son œuvre dans l'environnement auquel elle est destinée, il faut se tourner vers ces grands sanctuaires de l'art. Ses pièces ne sont pas de simples artefacts historiques, mais des composantes vivantes des collections publiques de Montréal, d'Ottawa et de Québec.
Années de maturité et disparition
Louise Robert est demeurée une figure incontournable de la scène artistique montréalaise jusqu'à son dernier souffle. Elle s'est éteinte à Montréal le 7 novembre 2022, à l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, entourée de l'affection de sa compagne, Lise Lamarche, qui avait partagé sa vie pendant quarante-quatre ans. Ce lien profond et durable a offert un ancrage de stabilité à cette artiste qui a consacré des décennies à explorer les méandres complexes de l'expressionnisme autodidacte.
Sa présence sur le marché de l'art est restée constante jusqu'à ses dernières années. Représentée par la Galerie Simon Blais à Montréal et par Christopher Cutts à Toronto, elle a bénéficié d'un rayonnement soutenu qui a permis à son œuvre de continuer à circuler parmi les collectionneurs et les institutions bien après son émergence dans les années 1970. Sa disparition marque la fin d'une carrière singulière, définie par un refus obstiné des sentiers académiques traditionnels, préférant bâtir un héritage par un engagement direct, presque viscéral, avec la matière.